Programme :

Jeudi 18 avril 2019

9h-10h30
Lionel Scotto d’Apollonia- L’Anthropocène n’aura pas lieu ?

10h45-12h15
Anne-Lise Rey- L’anthropocène : quelques enjeux politiques

14h00 – 15h30
Hélène Guillemot- Entre objectifs inaccessibles et mobilisations : apories et succès du Rapport Spécial du GIEC sur l’objectif 1.5°C.

15h45 – 17h15
Jean Chéry- Dérèglement climatique et crise de l’énergie : Que peut faire la Science ?

Anne-Lise Rey, Lionel Scotto d’Apollonia et Jean Chéry vous parlent de l’Anthropocène. Rendez-vous sur l’onglet « Diffusion et valorisation » ou ici

Résumés :

L’Anthropocène n’aura pas lieu ? – Lionel Scotto d’Apollonia
De quoi parle-t-on quand on parle d’Anthropocène ? Sous le prisme analytique de la sociologie des controverses, cet exposé vise à démontrer qu’en matière d’Anthropocène, « nous » sommes au mieux mal informés. L’exposé permettra de présenter une synthèse des résultats
1) le concept repose sur des bases épistémologiques fragiles, à ce jour le groupe de travail sur l’Anthropocène AWG n’a formalisé aucune proposition en tant que temporalité géologique ;
2) objet de lutte interne dans le champ des sciences géologiques, une nouvelle subdivision de l’holocène, le mégalayen a été officiellement introduite dans la nouvelle charte chronostratigraphique en juin 2018;
3) il existe un phénomène d’opacification des débats dans l’espace public ;
4) sa migration conceptuelle s’est opérée à marche forcée occultant le plus souvent la réalité des débats controversés et mettant au jour la difficile structuration du paradigme des sciences du système Terre. Ces résultats permettront d’ouvrir une réflexion sur les linéaments philosophiques des grands organismes experts comme le GIEC ou l’IPBES en mettant en perspective la théorie critique de l’école de Francfort. Cette perspective permettra de questionner le concept de Modernité et de formuler une proposition visant à réhabiliter l’Idéal kantien d’un libre entendement de la raison. Ainsi il est possible de développer une critique constructive et réflexive concernant l’opérativité de nos catégories et cadres de pensée par rapport aux « grandes » questions socioenvironnementales et du rapport Nature/Culture.

L’anthropocène : quelques enjeux politiques –  Anne-Lise Rey
La conscience de l’imminence de la catastrophe écologique a souvent eu pour effet de remodeler les contours de l’éthique pour l’adapter aux nouveaux enjeux écologiques : que l’on pense aux réflexions sur le chauvinisme humain (Routley) ou la considérabilité morale (Goodpaster) au prix, parfois, d’une neutralisation des enjeux politiques qui convient bien à ceux qui partagent le diagnostic d’entrée dans une ère post-politique. Cette intervention voudrait, a contrario, esquisser les conditions d’un traitement politique de l’anthropocène.

Entre objectifs inaccessibles et mobilisations : apories et succès du Rapport Spécial du GIEC sur l’objectif 1.5°C. – Hélène Guillemot
L’un des résultats les plus remarqués de l’accord sur le climat adopté en décembre 2015 à la COP 21 de Paris est la mention d’un objectif de hausse de la température moyenne globale de 1,5 °C. La limite mentionnée jusque là était de 2°C ; et selon les scénarios des modèles intégrés présentés dans le 5^ème rapport du GIEC, ne pas dépasser un réchauffement de 2°C impliquerait non seulement de réduire drastiquement et immédiatement les émissions de gaz à effet de serre, mais aussi d’extraire massivement du CO2 de l’atmosphère via des technologies dites d’ « émissions négatives ». Or ces technologies, qui n’existent pas aujourd’hui, présenteraient de potentiels risques sociaux et environnementaux.
Comment comprendre l’adoption d’un objectif aussi ambitieux et la production de trajectoires qui parviennent à l’atteindre alors même que les émissions de gaz à effet de serre n’ont cessé de croître ? Comment les scientifiques du GIEC ont-ils produit, en octobre dernier, un rapport sur cet objectif ?
Dans cette communication, on abordera l’histoire de ces objectifs de température, des scénarios produits par des modèles intégrés, et du
rapport spécial sur l’objectif de 1.5°, et on s’interrogera sur les débats et les effets qu’il a suscité.

Dérèglement climatique et crise de l’énergie : Que peut faire la Science ? – Jean Chéry
Depuis le Siècle des Lumières, la science est perçue comme socialement bénéfique. La remise en question de ce postulat reste marginale. Dans le passé, la science et la technologie ont permis de résoudre des problèmes posés localement. Dans ce contexte, l’approche réductionniste des problèmes s’est montrée très efficace. Couplée à la technologie, la science a permis l’avènement de la société industrielle, en débouchant finalement sur la société consumériste dans laquelle nous vivons. A présent, la science, la société et les individus sont face à un problème global : réformer un modèle énergétique responsable du réchauffement climatique et d’autres désordres écologiques. Comment y parvenir ? Ce problème sera abordé de la façon suivante :
(1) Pourquoi pense t’on que la Science est un vecteur de progrès social?
(2) Comment choisir les solutions techniques pour l’énergie domestique du futur ?
(3) Ces solutions techniques sont elles viables dans une société de consommation ?